LE PROFIT ET RIEN D’AUTRE.

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OXFAM vient de révéler la réalité d’un système économique que les politiques mondiales du même nom supportent, favorisent, développent sans craindre d’utiliser le mensonge pour faire accepter aux populations l’idée qu’il n’est pas possible de faire autrement.     .profit

Le mensonge originel est celui du discours des dirigeants, en France, comme ailleurs, qui prétendent agir pour le bien commun, agir pour un développement économique au service de tous alors que toutes leurs actions sont tournées vers le renforcement d’un système au service du seul profit financier, non partagé, véritable spoliation du travail réel. On ne cessera de rappeler que la véritable richesse créée, celle qui répond à un besoin humain, est le résultat et seulement le résultat du travail des hommes et femmes qui produisent cette réponse au besoin. Pourtant, le fruit de ce travail est détourné par les « actionnaires », groupe d’individus particulièrement original car capables de décider eux-mêmes de leur rémunération.

Mensonge toujours quand il s’agit de réduire les dépenses publics ou de changer le statut des entreprises nationales, ou établissements publics comme la SNCF. La volonté de transférer toujours plus d’activité du public au privé ne repose que sur un seul objectif : étendre le terrain de jeu d’un système qui n’accepte pas l’exception, celle que le Conseil National de la Résistance avait notamment produit. Entreprises nationalisées, services publics aux activités très diverses représentent autant de ressources qui échappent aux actionnaires. La réduction de la dépense publique, comme la sous-traitance et la privatisation des activités n’a d’autres objectifs que de remettre entre les mains des actionnaires le fruit du travail réalisé par la « masse laborieuse ».

Les politiques menées, notamment en France, depuis les années 1990, ont, quelles que soient les « étiquettes » des majorités successives, œuvré au développement de ce système ignoble parce qu’inégalitaire et hypocrite. L’évolution de la part versée aux actionnaires dans les grandes entreprises du CAC 40 est purement scandaleuse. « Depuis 2009,  les entreprises du CAC 40 ont reversé plus de deux tiers de leurs bénéfices à leurs actionnaires sous forme de dividendes, ne laissant que 27,3 % au réinvestissement et 5,3 % aux salariés.» nous déclare OXFAM.

J’ai sous les yeux, des chiffres concernant ENGIE que je ne peux pas garder pour moi. Chiffres officiels puisqu’il s’agit du document préparatoire à l’Assemblée Générale des actionnaires, ils ne sont donc pas contestables.

On se souvient d’un temps, pas si lointain. EDF-GDF… deux établissements publics sans actionnaire (le statut d’établissement public ne comporte pas d’actionnaires, ces établissement sont la propriété publique), des activités complémentaires (d’un côté le gaz, de l’autre l’électricité), partagées (les services de distribution, d’accueil, de gestion et d’administration), des résultats en terme de réponse aux besoins excellents (les « abonnés » étaient très satisfaits), et économiquement stables.

Combien d’arguments fallacieux ont été développés pour faire comprendre aux populations qu’il fallait transformer ces entreprises ! Les mêmes arguments qu’aujourd’hui pour la SNCF, ou d’autres services publics.

En fait, la seule question était celle-ci : comment faire pour que ces activités oh combien indispensables permettent au monde de la finance de s’enrichir encore et encore et pour que cesse cette exception dans le système, qui empêche la classe sociale la plus riche de s’enrichir encore et encore ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord changer le statut de l’entreprise, passer d’établissement public à Société Anonyme. Pour le grand public, pour la population laborieuse, même pour une partie des salariés de l’entreprise, ce changement est plutôt anecdotique. Il est pourtant fondamental.

Que disent les textes au sujet des statuts juridiques des entreprises ?

Un Établissement public a pour objectif de répondre à un besoin collectif déterminé et son activité est strictement limitée à la réponse à ce besoin.

Une société industrielle ou commerciale est le regroupement de plusieurs personnes qui décident de développer une activité pour en tirer profit. Point barre. (La définition de la société est donné par l’article 1832 du Code civil : « La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter.).

La séparation d’EDF et de GDF a permis de les transformer en Sociétés Anonymes et donc de changer leurs objectifs. Il ne s’agit plus de répondre au besoin collectif de fourniture d’énergie mais de faire du profit en s’appuyant sur le besoin d’énergie.

Pour Gaz de France, ouvrir la possibilité d’introduire des actionnaires (forcément déjà très riches pour s’offrir une telle entreprise), libérer son champ d’activité, lui donne la possibilité alors de se marier avec Suez. Ce qui sera fait en 2008. Une fois mariée, l’entreprise peut s’émanciper complètement, elle change de nom et devient ENGIE …

Pour le bien du public et des abonnés devenus clients nous a-t-on affirmé.

 

Alors voilà les chiffres pour l’année 2017 : BENEFICES NET  de l’exercice clos le 31 décembre 2017 : 1 420 661 432 euros (1 milliard 400 millions), REPORT A NOUVEAU  : 565 539 763 euros (un demi milliard), TOTAL : 1 986 201 195 euros (qu’on peut arrondir à 2 milliards)
En assemblée générale, les actionnaires on décidé de distribuer un total de : 1 699 669 061 euros (qu’on peut arrondir à 1 milliard 700 millions)
 85 % du disponible a ainsi été transformé en dividendes. 
 Ils ont également décidé de la rémunération, notamment de Madame Kocher, Directeur Général qui, tout compris (rémunération fixe, variable, abondement lié à la retraite, stock-options), s’élève à un peu moins de 3 millions d'euros, soit environ l'équivalent de 34 ans de SMIC en travaillant 24h/24 !

Rien ne justifie le développement et le soutien d’un tel système. Le mensonge est caractérisé chaque fois qu’un politique, un entrepreneur ou un expert en économie explique que les réformes sont nécessaires pour le bien de tous. Toutes les explications, toutes les justifications doivent être examinées au regard des véritables objectifs, jamais explicitement exprimés.

La réforme de la SNCF n’échappe pas à cette stratégie mensongère. Les politiques de démantèlement des services publics, les réductions de dépenses publiques vont contre l’intérêt du plus grand nombre. Hélas, la grande majorité des représentants du peuple ne s’y opposent pas, élus, selon des règles électorales discutables, par des électeurs bien peu conscients de ces mensonges.

 C’est sans doute discutable, mais c’est, en tout cas, ce que Jean pense.

 

 

 

 

 

Un commentaire

  1. Drot

    17 mai 2018 à 14 h 31 min

    Salut Marc,

    Tout ce que tu cites et expliques est tellement juste et tellement insupportable.
    On croit avoir atteint la limite du supportable mais non ça passe encore et toujours..??.
    Que faire? La politique est tellement fermée ,contrôlée,réservée,(par les institutions) qu’il ne reste que l’interstice des présidentielles ,pour faire de la politique et proposer une autre idée de l’organisation sociale, »un autre monde ».(perspectives qui enchantent ,motivent et retrouvent la politique pour un nombre de personnes de plus en plus nombreux) .
    Durant les années qui séparent les présidentielles ce ne sont que commentaires médiatiques.
    Peut être que ce sont les perspectives qu’il ne faut pas quitter et démontrer comme des possibles.?

    Bon, avant 2022 rendez vous le 26.
    Amitiés et résistances.

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