Penser global, agir local.

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Un nouveau clivage semble apparaître, transcendant celui jusqu’ici entretenu de façon ambigüe entre droite et gauche. Il porterait sur une conception ouverte du monde auquel s’opposeraient les souverainistes, les protectionnistes.

D’un côté une vision globale, de l’autre le repli sur soi. D’un côté une société planétaire, de l’autre une humanité séparée par de multiples frontières.

Ce clivage n’est pourtant qu’une apparence, qu’une fumée qui cache un clivage bien plus fondamentale.

Il faut, pour y voir plus claire, revenir aux valeurs qui déterminent les approches différentes possibles quant au sujet des frontières, de la souveraineté, de la démocratie, du local et du global.

La mondialisation, voulue et développée par l’Organisation Mondiale du Commerce, le Fonds Monétaire International avec le concours des Etats Unis, de l’Europe, de tous les gouvernements et de tous ceux qui ont soutenu les traités européens, de libre échange, repose sur le principe de la liberté (le libéralisme), mais une liberté limitée au pouvoir de l’argent. La « libre concurrence » conduit à une exploitation grandissante du travail d’une grande partie de la population par une minorité devenue riche à en vomir, lui permettant ainsi de se garantir un pouvoir exorbitant sur l’ensemble des politiques.

Cette valeur fondamentale qu’est la liberté du marché, la liberté économique repose sur la destruction des pouvoirs publics, donc des entreprises publics, sur la diminution de ce qu’ils appellent « le coût du travail », sur les délocalisations, sur une pression croissante sur les populations et sur la planète. Elle conduit à une accumulation exponentielle des richesses entre les mains d’une minorité.

Les raisons qui poussent au rejet de l’Europe, de la mondialisation trouvent leur source dans l’injustice évidente que provoque cette politique économique mondiale. Du coup, la réponse qui vient à l’esprit, c’est le retour aux frontières, se protéger des autres comme si l’ennemi était à l’extérieur !

Pourtant, Lagardère, Arnault, Bettencourt et les autres sont des « français de souche » et le slogan « LES FRANCAIS D’ABORD » ne les obligera pas à renoncer à leur richesse.

Peut-on alors concilier la défense d’une production française et l’amitié entre les peuples. Peut-on parler de fraternité, d’internationalisme et défendre la production locale ? Peut-on être eurosceptique et prôner la collaboration entre les peuples, peut-on dénoncer la mondialisation et souhaiter une humanité sans frontière ? Peut-on vouloir accueillir les migrants et souhaiter qu’ils trouvent sur leur terre natale de quoi satisfaire à leurs besoins ? Peut-on imaginer une démocratie locale développée (faculté des peuples à disposer d’eux-mêmes) et des lois planétaires (donc une gouvernance planétaire) pour sauver la planète ?

Contre la concurrence qui mine toute relation humaine et qui oblige à entrevoir le bonheur de chacun au détriment de celui de tous les autres, la solidarité, la coopération, le partage sont les valeurs de base d’une société humaine de paix, de réduction des inégalités et en définitive de liberté.

En examinant les questions de façon globale, parler d’humanité plutôt que de peuples affublés d’un identifiant utilisé pour les opposés (les français, les allemands, les russes, les chinois, les africains…), bien des réponses émergent en s’appuyant sur ces valeurs.

Parce qu’il y a des questions planétaires, les humains doivent se mettre d’accord pour trouver les solutions ensemble, dans un soucis de réussite collective, pour une humanité qui s’élève, qui s’émancipe.

Ceci n’interdit pas de produire ici ce que nous pouvons faire ici pour répondre aux besoins d’ici. Ce qui n’est pas contradictoire avec le développement des échanges avec les autres, notamment, ce que les autres savent faire et que nous ne pouvons pas faire et inversement, le développement d’ un commerce équitable qui permette à chacun de vivre de son travail.

Par ailleurs la fraternité doit nous conduire à recevoir les « étrangers », quels qu’ils soient, comme des individus, êtres humains, ayant droit au même désir de mieux vivre.

L’immigration a des causes et c’est à celles-ci qu’il faut s’attaquer.

Les causes sont diverses, mais toutes sont le résultat d’une attitude, d’un comportement, d’une activité humaine. Les guerres jettent sur le chemin de l’exil des populations entières, c’est la conséquence de volontés conquérantes fruit de la concurrence. La pauvreté éloigne de leur terre, des hommes, des femmes et des enfants qui cherchent naturellement de quoi se nourrir, c’est le résultat de politiques économiques mondiales qui conduisent à piller les richesses des uns par les autres. Parfois, la nature devient hostile et oblige les hommes à s’éloigner, c’est souvent aussi le résultat de l’activité humaine.

Encore bien même toutes ces situations ne seraient que le résultat d’une catastrophe naturelle et indépendante de la volonté humaine, quel argument pourrait justifier qu’une partie de l’humanité  ne porte pas secours à une autre contrainte de se déplacer ?

Dans cette humanité sclérosée, on entend défendre l’intérêt de la France, l’intérêt des français contre celui de tous les autres ? Le slogan « les français d’abord » est entre tous le plus abjecte. Il prend comme principe une supériorité originelle d’une partie de la population humaine sur toutes les autres. Pourtant, les hommes ne peuvent progresser dans le mieux vivre qu’en ayant comme objectif de réussir ensemble.

Pour autant, chaque individu est unique et la diversité est la richesse de l’humanité.

C’est pourquoi, ce sentiment d’appartenir à une espèce vivante qui a tout à gagner de se libérer de ses instincts ravageurs (concurrence, compétition, domination et soumission, pouvoir et obéissance), doit dans le même temps pouvoir élever chaque individu au rang de représentant le plus achevé de toute l’humanité. Entre l ’humanité tout entière et chaque individu desquels il faut concilier les intérêts bien compris, l’organisation des humains doit également pouvoir établir des lieux de décisions correspondant à chaque niveau de pertinence.

Ainsi, la défense de la planète (faire en sorte que la consommation des ressources naturelles ne dépasse pas la production naturelle ; faire en sorte que les générations suivantes puissent utiliser l’air, l’eau et autres éléments naturelles indispensables à la vie) nécessite une gouvernance planétaire.

Mais la façon de vivre au quotidien, l’organisation des lieux de vie (méthodes de production, consommation, éducation, culture, divertissement, utilisation des ressources locales…) doivent pouvoir se décider au niveau local.

Cependant tous ces niveaux imaginables où la démocratie pourrait se développer n’ont de sens que si les valeurs qui les animent sont, dans chaque niveau, le bien être de tous. La démocratie n’a pas de sens  si elle s’appuie sur des valeurs de compétition, de concurrence, de guerre.

La démocratie n’est pas un outil à la disposition des hommes pour prendre n’importe quelle décision :

C’est une valeur à part entière qui n’existe qu’à travers les valeurs humaines universelles : la solidarité, la réduction des inégalités et la fraternité.

Alors, oui, l’euroscepticisme est justifié, mais une Europe fraternelle et solidaire est possible.

Oui, il faut privilégier la production et la consommation de biens fabriqués localement, mais rien ne justifie la préférence nationale concernant les hommes, ni l’établissement de frontières.

Oui, il faut accueillir les étrangers comme on accueille des nouveaux venus dans mon village.

Oui, on peut défendre une démocratie participative, au plus près des populations concernées et une gouvernance mondiale sur les sujets planétaires.

Oui tout cela est possible si on refuse juste de se soumettre au diktat de ceux qui ont acquis le pouvoir politique à travers le pouvoir économique et donc le pouvoir financier.

Oui c’est possible si on prend le chemin de l’insoumission, car le pouvoir des uns ne tient que par l’acceptation des autres.

Le chemin peut être long, mais parce qu’il peut être long, il faut le prendre le plus tôt possible.

 

C’est évidemment contestable et surement contesté, mais ce n’est pas forcément idiot et c’est, de toute façon, ce que Jean pense.

 

2 Commentaires

  1. Lerondeau

    11 avril 2017 à 14 h 22 min

    Mon petit Marco (marque amicale)

    Entièrement en accord avec toi

    SAUF:
    qu’il ne s’agit pas du rejet de l’Europe mais du rejet de l’Union Européenne;
    et là c’est différent.
    Donc, ceci dit sans aucune acrimonie, tu t’es trompé.
    Ton discours porte sur l’Union Européenne et tu n’en parles pas.

    Bises à toi et aux tiens, portez vous bien.

    GG

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  2. drot

    11 avril 2017 à 17 h 14 min

    Bien d’accord avec toi.
    Un historien à la radio ,disait à peu près ceci:humanisme ou rien.
    Voila qui résume tout;Ou nous construisons l ‘Humanité,avec comme condition nécessaire l’égalité,ou nous restons dans la barbarie.(Peut être faudra-il bien dépasser le capitalisme,comme préalable…)
    « La liberté sans l’égalité ,c’est la barbarie;l’égalité sans la liberté c’est la prison »
    Amitiés insoumises (et révolutionnaires.)

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