Le revenu universel.

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Qu’importe le vainqueur de la bataille fratricide que se sont livrée les « socialistes », il est indéniable que Benoit Hamon a marqué cette campagne électorale au fer du revenu universel.

Impossible de savoir s’il s’agit d’un véritable choix stratégique, mais le fait est que pour se démarquer nettement de ses concurrents, le petit Ben a choisit de porter une idée présentée comme novatrice, proche de l’utopie et controversée à coup sûr. Bien joué.

Alors que Hamon tente d’avancer sur le terrain du « rapport au travail », ses opposants ont placé le débat sur le plan purement économique. Ce qui n’est pas pour nous étonner, leur raisonnement politique reste restreint au raisonnement économique. L’argument du cout exorbitant de cette proposition effaça donc le débat sur le fond, sur la philosophie de la mesure.

Par ailleurs, chaque auditeur attentif à cette question aura sans doute noté qu’au moment des échanges à propos de la défense (la construction d’un nouveau porte-avions, voire 2 a été évoquée), pas une question n’est apparue, ni du côté des candidats, ni des journalistes sur le financement. Quand il faut faire, il faut faire, quand on veut, on peut !

Le revenu universel de Benoit Hamon, dessiné au cours de la campagne est devenu un concept flou qui peut, et ses adversaires ne s’en sont pas privés, s’analyser comme contraire aux valeurs de « gauche » par son universalité et ce, bien qu’au bout du compte, la proposition ait perdu sa qualité d’universelle.

Bénéficier d’un revenu égal pour tous et sans condition de ressources ne diminue en rien les inégalités économiques. Cette mesure ne s’appuie donc  ni sur une volonté d’égalité, ni sur une démarche solidaire.

En fait, imaginer le versement à tout individu d’un revenu universel quelles que soient ses conditions sociales et économiques relève de la stupidité. Sauf si…

Cette hypothèse, pour qu’elle soit envisageable, doit se situer dans une société libérée des inégalités liées intrinsèquement à son système économique et aux règles qui régissent la relation au travail. Bref, avant de passer au revenu universel, il y a une révolution à faire. Ce que ne propose pas le candidat Hamon.

Cet épisode aura eu au moins le mérite de faire parler très fort d’un concept qui, même s’il n’est pas complètement nouveau, mérite qu’on s’y arrête, qu’on y réfléchisse et qu’on débatte.

Le question n’est pas de savoir si le travail se raréfie ou non, mais plutôt de savoir comment on modifie le rapport au travail d’une part et comment on répartit le résultat du travail d’autre part.

Dans ce type de débat, comme dans beaucoup d’autres, les ambiguïtés proviennent d’abord de sens différents donnés au même mot.

Ainsi le mot « travail » signifie aussi bien « ensemble des opérations que l’on doit accomplir pour élaborer quelque chose » que  «Activité professionnelle régulière et rémunérée ». Selon que l’on prenne le mot dans un sens ou un autre, les termes du débat peuvent complètement changer.

Il est donc parfois question de raréfaction du travail alors que bien des besoins ne trouvent pas de réponse, ce qui signifie qu’il y a encore beaucoup de travail.

Aujourd’hui, il est nécessaire d’avoir un emploi qui, par sa rémunération, apporte les revenus indispensables à la réponse aux besoins de chaque individu. La perte de son emploi, met l’individu dans une situation de misère que la collectivité tente de combler par des « indemnités ».

Dans le même temps les conditions dans lesquelles le travail s’effectue créent des rapports sociaux inégalitaires entre l’employeur, (propriétaire des moyens de production) et le salarié soumis au bon vouloir de l’employeur, soumission que la collectivité tente de réduire par l’établissement de règles « du jeu » regroupées dans le code du travail.

L’aliénation due au travail renforce donc les inégalités, la contrainte liée au travail alimente l’anti travail (le rêve de pouvoir vivre sans travailler).

Ce qui rend le rapport au travail aliénable, c’est sa dépendance à l’argent, donc à sa rémunération.

Par ailleurs, un homme, dégagé de l’obligation du travail pour gagner sa croute, ne reste cependant pas inactif : Le développement du bénévolat en est une preuve incontestable.

Le travail est inhérent à la condition humaine.

L’homme, animal social, doit, pour se réaliser, trouver sa place dans le groupe (l’humanité), être utile au groupe, en échange de quoi, il doit recevoir du groupe le résultat de l’implication de tous les autres membres du groupe.

Débarrassée des contraintes liées à un système d’organisation de la société basé sur la propriété privée et aux règles actuelles qui régissent le rapport au travail, une activité humaine intéressante, parce qu’utile (pour nourrir, protéger, cultiver et émanciper) à celui qui la pratique d’une part et à l’ensemble du groupe d’autre part, est, finalement, non seulement acceptée, mais souhaitée comme étant contributive au bonheur de l’humanité et à son propre bonheur.

Alors que le travail et la rémunération n’auront plus de lien, il s’agira, pour chaque individu, de trouver sa place dans une société où la production sera organisée en fonction des besoins définis grâce à un fonctionnement démocratique avancé.

Il s’agira, ensuite, de distribuer à chacun une rémunération proportionnelle à la richesse créée par le groupe et qui permette une répartition équitable de cette richesse entre tous les membres du groupe.

Ainsi, l’activité du groupe, réalisée par l’ensemble des membres du groupe permet de répondre aux besoins du groupe et donc aux besoins de chaque membre du groupe (se nourrir, se protéger, se cultiver et s’émanciper).

Cette rémunération n’est pas forcément égale pour tous car, pour réduire certaines inégalités d’origines diverses (génétiques, liées aux accidents de la vie, à l’environnement par exemple), les besoins devront être différenciés et la rémunération adaptée.

Dans le contexte de la production actuelle de richesse, en France, cette proposition pourrait se chiffrer de la façon suivante :

En évaluant la rémunération mensuelle attribuée à chaque individu adulte à 1 500€, le montant annuel s’approcherait de 965 milliards.

Le PIB de la France dépasse les 2100 milliards. Il reste une marge suffisante pour une répartition différenciée (prenant en compte les besoins individuels spécifiques), la mise dans un pot commun pour des dépenses collectives (le budget de l’Etat en 2017 est inférieur à 400 milliards), une partie non redistribuée pour constituer des investissements (environ 200 milliards en 2015, investissements qui deviendraient collectifs évidemment).

Cette hypothèse est donc tout à fait réaliste. Elle suppose juste de changer le monde.

N’est-ce pas l’ambition que devrait honorer tout « homme politique » qui se présente au suffrage des électeurs ?

Certes, tous ceux qui ont actuellement un revenu qui dépasse 1 500€ peuvent s’inquiéter de cet avenir (pour le moins impossible, qu’ils se rassurent).

Mais s’il s’agit de construire une société solidaire, fraternelle, débarrassée d’une concurrence qui s’insinue dans toutes les relations humaines,  lavée de toute activité inutile et couteuse, une société qui élève le rêve au rang du possible, dans laquelle le mot liberté pour certains n’est pas synonyme de contraintes pour les autres, une société où l’égalité devient probable et la fraternité une raison de vivre, alors la réflexion sur le revenu universel devient source d’espoir.

 

C’est évidemment très contestable, mais c’est pas forcément idiot.

C’est, en tout cas, ce que Jean pense.

 

 

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