Liberté et tradition.

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Il y a tellement de sujets sur lesquels chacun peut s’exprimer, se laisser aller à toutes les analyses, critiques, appréciations, que je ne sais jamais lequel me pousse le plus à dessiner mes pensées. Alors, je me lance et je tire le fil sans savoir ce qu’il y a au bout.

Les questions politiques, économiques, sociales, les questions de société sont toutes sources de débats. Ce côté est plutôt positif. On sent que la société bouge, s’agite, c’est plutôt une période riche. Jean reçoit cependant des aspects négatifs. Les méthodes et les « arguments » utilisés sont de plus en plus nauséabonds, stupides et cette odeur le répugne.

Une nouvelle fois je me dis (et vous le dit aussi) que toute idée est respectable dès lors que l’on reconnaît qu’il s’agit de conviction et non l’affirmation d’une Vérité universelle qui ne souffrirait d’ailleurs aucun débat. Mais pour que le débat soit intéressant, enrichissant, porteur de compréhension, il est nécessaire que les « arguments » ne soient pas délibérément des mensonges, des affirmations sans fondement, des contre vérités odieuses.

Chacun peut avoir une idée de la famille, et chacun doit pouvoir admettre que sa propre conception n’est pas unique. Si on considère la science (notamment l’histoire, la mathématique, la physique, la médecine, l’anthropologie…) comme une référence, on est amené à reconnaître que la famille telle qu’elle est encore reconnue comme « normale » par une majorité d’occidentaux et notamment en France -un père une mère qui élèvent leurs enfants -, n’est en rien naturelle. D’autres peuples, ailleurs, vivent des situations bien différentes et cette structure n’a pas toujours été la référence dans les sociétés occidentales. On peut aussi considérer que les études scientifiques n’ont pas de valeur et donc s’appuyer sur d’autres « arguments ». La bible ou tout autre livre sacré, la lubie, la voyance, l’imagination, le rêve, la peur,  peuvent être source de conviction. Personnellement, je respecte, à condition, toutefois, que chacun, voulant débattre, éclaire la source de ses arguments.

Ainsi donc, les bruits les plus fous se sont étalés dans la foule à propos du projet qu’aurait le gouvernement d’introduire, si je puis dire, l’apprentissage de la masturbation dans les écoles maternelles. On pourrait échanger, débattre de la méthode. Elle consiste à jeter le trouble en balançant une information sans fondement mais très provocatrice par l’utilisation d’un mot encore tabou dans notre société. S’offusquer d’une éducation sexuelle à l’école maternelle eut été trop faible pour déclencher une quelconque réaction des braves gens. Les provocateurs à l’origine de cette « rumeur » était sûrs de leur coup en utilisant ce mot. Méthode peu élogieuse pour leurs auteurs mais également pour ceux qui surfent sur la réaction d’une partie de la population pour entretenir un climat délétère (sans doute les mêmes d’ailleurs).

Mais ce n’est pas la méthode qui m’a interpelé le plus. Je me suis soudain posé la question de savoir pourquoi, le mot masturbation lié à l’école avait déclenché un éclair dans les médias, le milieu politique, favorisant au passage la prise de parole par les défenseurs d’un retour arrière sur les avancées difficilement obtenues en matière de droits familiaux (contraception, IVG, droits parentaux, PMA, mariage pour tous…)

Sans le croire un instant, j’ai retenu l’hypothèse que cette « rumeur » n’en était pas une, et j’ai imaginé notre Ministre de l’Education répondre aux journalistes : « Ce n’est pas une rumeur, c’est exact, et alors qu’est-ce qui gène ? »

Un journaliste accoutumé au sujet lui rétorque : « Monsieur le Ministre, pensez-vous vraiment qu’il soit utile d’apprendre cette activité à l’école alors que depuis la nuit des temps, depuis toujours la masturbation est pratiquée. Elle est reconnue aujourd’hui dans le milieu médical, particulièrement par les sexologues, comme une activité normale. Pas besoin de l’apprendre, toutes les générations l’ont acquise sans apprentissage ! »

Le Ministre répond au journaliste :« Certes, mais il ne s’agit pas d’apprendre la pratique, mais d’en parler de savoir ce que c’est, de savoir, justement que ce n’est pas condamnable, afin d’éviter toute culpabilité. L’éducation sexuelle à l’école, c’est d’abord apprendre à connaître son corps. Former des adultes émancipés, c’est leur donner les éléments qui leur permettront de comprendre le monde, de comprendre les autres, et tout commence par se comprendre soit même, se connaître…

Certes, me dis-je, mais ce n’est pas parce que les hommes ont toujours fait ça que c’est bien de le faire. L’homme (le genre humain) partage cette activité sexuelle avec tous les mammifères, tous les primates. On n’est pas obligé de continuer. La société évolue, l’humanité a évolué, on n’est plus complètement des animaux comme les autres.

Comme pour d’autres activités, la question est de savoir en quoi celle-ci peut apporter du mieux, si elles comportent des risques, des inconvénients, si elle atteint la liberté d’autrui. Je me suis donc renseigné.

Certains développent l’idée que la masturbation comporte des risques sur la santé. Ceux que j’ai pu découvrir sont tous du niveau de « ça rend sourd » et sans jamais aucune référence à un document, une étude… Sur les sites plus raisonnables, cette activité est présentée comme une des pratiques sexuelles non seulement productrice de plaisir pour celui qui la pratique, mais aussi répandue qu’on veut bien ne pas en parler.

Ceux qui s’appuient sur des références à la nature pour défendre des conceptions figées de la société (il faut un père une mère pour élever un enfant et toute autre structure est perverse et dangereuse) ont une conception très « animale » de l’humanité, un refus de voir que la manière de vivre, y compris l’activité sexuelle, est une question de société et non dictée par des règles intangibles. Mais pour ce qui est de la masturbation, ils devraient au moins reconnaître que c’est une activité naturelle, et je ne vois pas ce qui pourrait empêcher un être vivant de se faire du bien en mangeant une confiserie, de se faire du bien en se frottant le dos, de se faire du bien en se massant les cheveux, de se faire du bien en se massant le sexe. Je suis prêt à affirmer, par ailleurs, que si la masturbation eut été privilégiée par l’Eglise, nombreux prêtres n’auraient pas eu recours à d’autres pratiques qui, pour le coup, atteignent la liberté d’autrui.

Si les hommes et les femmes n’ont d’autres perspectives que de se reproduire, doit-on interdire le vœux de chasteté et doit-on obliger chaque femme à enfanter ?

La liberté est un concept toujours difficile à aborder tant il détient d’entrées. Supposons un instant qu’il se résume à cet adage « La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ».

Dans ce cadre, la liberté économique, défendue par les « libéraux » (défenseurs de la liberté) n’est pas la Liberté. Elle donne aux entrepreneurs la liberté de tirer profit du travail de ceux qu’ils embauchent, contrairement à la masturbation qui peut se pratiquer seul, sans aucune contrainte sur autrui. En quoi cette pratique pourrait m’offusquer ?

Notre chère devise est bafouée chaque jour par des groupes qui tirent notre société vers la dictature.

Une fois pour toute, la masturbation est, et doit rester, une liberté inaliénable.

C’est en tout cas, ce que Jean pense.

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