La croissance économique.

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Bien sûr, il y a bien longtemps que je n’attends pas de la gauche française qu’elle agisse pour réellement changer le monde, changer les règles fondamentales qui régissent notre économie, bref, qu’elle s’attaque aux vrais sujets politiques : comment répondre aux besoins fondamentaux de tous, comment réduire les inégalités, comment mieux vivre ensemble ? Mais elle montre un grand talent à agir au contraire pour sauver le système capitaliste, notamment en soutenant avec force et conviction l’idée que la croissance économique serait un remède au chômage, à la misère, un moteur de la réduction des inégalités. Il est possible qu’elle se trompe.

L’évolution de la société humaine au cours des deux siècles passés et les résultats constatés aujourd’hui tant sur le plan de l’état de la terre que sur le plan social, nous place dans l’obligation de nous interroger.

La terre n’est pas sans limite et les pratiques économiques, les activités dites de développement, la croissance ont eu pour conséquence une consommation des ressources naturelles telle, qu’on sait aujourd’hui qu’il est impossible de tenir ce rythme à échéance plus ou moins lointaine. Cette croissance a eu aussi comme conséquence un désastre social. En deux siècles (à peu près) de consommation sans frein des ressources naturelles, les inégalités entre régions du monde, entre les classes de population, entre les possédants et les soumis n’ont pas été réduites. On sait même que dans la dernière période, les inégalités ont plutôt progressé. Il est des pays ou l’espérance de vie a diminué dans la dernière période et on connaît l’évolution de la pauvreté dans les pays industrialisés. On peut évidemment attribuer cette régression sociale au capitalisme et le remplacer est un objectif que je partage avec d’autres.

Déclarer que la solution passe par la reprise de la croissance sans poser la question de ce qu’est la croissance révèle soit un manque de maturité soit une volonté bien molle de modifier le système économique et social actuel.

La croissance se mesure non pas en mieux vivre, mais en chiffre d’affaire et le chiffre d’affaire c’est d’abord un taux de profit que les possédants récoltent sur le dos des travailleurs-consommateurs.

La croissance est source d’emplois, dit-on. Si la question de l’utilité et des conditions dans lequel se pratique l’emploi n’est pas posée, il n’est pas sûr que celui-ci puisse apporter du mieux vivre aux populations laborieuses. Il peut, c’est plus sûr, apporter plus de profits aux possédants des entreprises.

Ainsi, la production de cigarettes crée des emplois et de la croissance. Le mal de gorge ou la douleur dans les poumons amènent le fumeur chez le médecin, c’est de l’emploi et de la croissance. Le médecin prescrit et le malade court à la pharmacie, c’est de l’emploi et de la croissance. Puis c’est l’ambulance et l’arrivée aux urgences, ce sont des examens poussés et très coûteux, c’est l’opération et encore des médicaments, c’est de l’emploi et de la croissance.

La croissance, c’est par exemple produire et vendre des tas de produits alimentaires bourrés de produits nocifs permettant la production, la vente et la consommation de MEDIATOR pour tenter d’enrayer l’obésité. Mais c’est aussi le développement de l’aviation pour aller vendre à des milliers de kilomètres des produits qu’on pourrait faire sur place, ce sont les accidents de la route, les maladies, les pesticides et la publicité : toutes les activités économiques produisent du PIB. La croissance ne mesure pas l’amélioration de la solidarité, la qualité des services publics, l’amélioration de la santé ou des relations humaines, la réduction des inégalités et le mieux vivre ensemble.

La croissance c’est de l’emploi ? L’emploi c’est d’abord une situation de soumission toujours de plus en plus grande des salariés aux méthodes managériales inhumaines, à la précarité, à la compétition, aux rythmes de vie toujours de plus en plus stressants…

Bref, la croissance, c’est d’abord le moteur du capitalisme. Vouloir remplacer le capitalisme mérite sans doute qu’on ait une autre approche de l’économie.

La consommation globale de notre société n’a rien à voir avec les réels besoins des hommes. Pour que l’ensemble de la population mondiale consomme autant que la partie de la population qui consomme le plus, il faudrait plusieurs planètes (même l’OCDE le dit dans ses rapports). On en déduit aisément que la croissance ne permettra pas de réduire les inégalités, la politique de croissance telle qu’envisagée dans le système capitaliste et notamment par les pays développés repose sur l’inégalité devenue inéluctable entre les hommes.

Ne pas prendre ce phénomène en compte, c’est inévitablement rendre impossible l’amélioration du bien être de tous. La croissance comme moteur de l’économie conduit forcément au désastre.

Oui, la question de la croissance est fondamentale pour reconsidérer l’organisation de l’économie.

La seule croissance possible dans le système capitaliste est la croissance des profits.

Le processus de transformation du système économique et social passe d’abord par la remise en cause de la croissance économique comme pour arrêter un véhicule, il faut en arrêter le moteur.

 

C’est, en tout cas, ce que Jean pense.

 

Jean.

titre cequejeanpense3

Un commentaire

  1. drot

    24 septembre 2012 à 15 h 47 min

    c’ est vrai la croissance est indispensable au capitalisme jusqu’à la suraccumulation du capital,le capital financier ,la surproduction.(alors qu’il y a tant de besoins à satisfaire, mais les pauvres ne sont pas solvables)Les crises sont la régulation du système.
    Comment dépasser le capitalisme? Par la réforme,l’opposition frontale,la mise en place progressive de lieux de rupture avec le capital(autogestion,démocratie participative…)Ou peut être la conjugaison de réformes radicales proposées par le peuple (devenu vraiment un acteur social)
    Mais peut être faudrait -il que nous soyons informés ,formés à l’économie,à la démocratie pour pouvoir croire à notre capacité à changer, sans être à l’écoute des seules pensées dominantes.
    Il faut que tu reprennes les universités populaires.

    Bon courage à te lire et à te relire Amitiés.