Délire d’écrire.

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La population silencieuse ne dit rien, c’est son domaine de compétence. De même, quand Jean dort mal, s’il pense beaucoup la nuit, le jour il n’écrit pas.

Il aurait pourtant beaucoup de chose à dire. Tellement, qu’il ne sait pas comment s’y prendre.

Il rêve d’un monde de fraternité, d’égalité, de dignité. Un monde où les règles communes, décidées ensemble, n’ont d’autre but que de bien vivre ensemble.

D’une préoccupation qu’on dit première, l’emploi, il a son mot à dire.

Il tire donc la ficelle et l’impôt vient lui tirer l’oreille.

C’est vrai. Le grand cri du moment est « STOP à l’impôt », remise à plat de la fiscalité.

Des salariés font grève et la question de l’efficacité des mouvements sociaux lui éclate au nez.

Et Mandela qui meurt. Le peuple noir pleure et les larmes de crocodile coulent sur les joues de tous les puissants du monde. Ils reconnaissent en lui le courage, la détermination, la force de caractère et la puissance du cœur qui lui a permis d’éviter la vengeance pour recourir au vivre ensemble.

Pendant toutes ces années passées en prison, quel soutien a-t-il eu de ces grands de ce monde ?

Et pendant qu’on l’enterre, on multiplie les règles de la concurrence entre les individus, on casse les services publics, on diminue les aides solidaires, on casse le vivre ensemble. Hypocrisie.

Sur quelles valeurs s’appuie aujourd’hui la société ? Pas celle de la sincérité en tout cas. Les mots sont dévoyés réutilisés à d’autres fins que leur sens initial. Lutte contre la misère, développement des démocraties, politiques contre l’insécurité, contre le chômage ont comme résultat plus de misère, moins de démocratie, plus d’insécurité, plus de chômage.

Et puis encore tous ces consommateurs des pays développés qui réclament à grand cri des réductions, des prix moins élevés sans conscience de la pression qu’ils font sur leur propre salaire. C’est encore moins cher en achetant sur Internet, reste à pleurer la disparition des boutiques, des petits commerçants. Qu’ont fait les petits commerçants pour se défendre et proposer des services meilleurs que les grandes surfaces et maintenant Internet ?

L’utilisation des nouvelles technologies a-t-elle un sens autre que celui de la surconsommation d’outils dont on peut se passer ? Tous les métiers sont-ils utiles, nécessaires au mieux vivre ensemble ? La libre concurrence est-elle la règle la mieux adaptée à l’humanité ?

Les valeurs que développe l’école pour préparer les jeunes à devenir grand sont-elles conformes à ce désir d’égalité et de solidarité ? « Pensez-vous que nos enfants soient suffisamment bien formés pour affronter la concurrence internationale ? », questionne FR3, « Moi qui pensais que l’école était, entre autres, un moyen d’apprendre à vivre ensemble et travailler ensemble, bref, à Etre, plutôt qu’une arène où l’on apprend à avoir les dents longues» rétorque une lectrice de TELERAMA, journal toujours prêt à soulever des lièvres, escalader les problèmes depuis leur face cachée, mais regorgeant de publicités qui représentent autant de mensonges, de pièges et de moteurs de profits insensés au regard de l’environnement social et naturel. Oui, il faut supprimer la publicité et les publicitaires. Fermer les entreprises de « communication » (encore un mot qui n’a plus de sens), quitte à entendre leurs salariés crier « halte au chômage ». Il existe des solutions, des idées apparaissent comme les premières bulles d’une eau qui côtoie les cent degrés.

Jean dort pas de la nuit et le jour, il n’écrit pas.

La ficelle ne casse pas mais la pelote ne se déroule plus. Les idées s’entremêlent, s’emberlificotent, s’embrouillent et se transforment en une vaste toile d’araignée, chacune d’elles tissant un lien avec toutes les autres. Toutes méritent qu’on s’y arrête, qu’on s’interroge, qu’on revienne aux fondamentaux et qu’enfin on dénoue ces fils emmêlés.

Pour s’endormir, il ferait mieux de croire au Père Noël. Après une nuit paisible, il pourrait écrire des belles histoires teintes de bonheur, d’amour et de lumière.

C’est parfois ce que Jean pense (mais pas toujours).

 

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