L’unité du Parti Socialiste s’éffiloche.

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« et le vote qui a eu lieu ce jour contre les retraites, il faut que je vous le dise avec mes mots. Franchement. C’est un vote de la honte pour notre parti collectivement. On n’a pas été élus pour ça. » (pour ceux qui ont un peu de temps, lire le plus long extrait de l’intervention en fin d’article).

Bravo Gérard Filoche !

Son intervention au bureau national du Parti Socialiste est tellement proche de ce que Jean pense, je serais prêt à applaudir et à penser que rien n’est perdu avec ce parti, puisqu’en son sein il existerait de véritables Socialistes.

Seulement voilà…

Je ne me prétends pas spécialiste, ni expert en analyse politique, mais depuis fort longtemps, j’ai mon avis, mon appréciation sur la chose.

Or, déjà pendant la campagne électorale de 1981, j’avais émis plus qu’un doute sur la capacité du Parti Socialiste à transformer radicalement la société pour qu’elle soit plus juste et plus SOCIALE. Déjà à cette époque, le discours avait abandonné certaines idées forces que j’appréciais et votées lors du congrès constitutif de 1971. J’avais, à l’époque, exprimé mon désaccord avec mes amis communistes qui tenaient absolument à participer au gouvernement de Mitterrand.

Si je n’oublie pas la retraite à 60 ans et d’autres décisions importantes votées après cette élection et qui ont pu me faire reprendre espoir, je retiens cependant que la politique sociale des socialistes n’aura durée que 2 ans. Ainsi, depuis 1983, soit depuis 30 ans, les partis de droite et le parti socialiste, avec parfois le concours aberrant de ministres communistes, n’ont fait que suivre les directives de l’OMC, du FMI, relayées par l’Union européenne. UMPS ! Voilà qui rappelle des slogans de Marine. Comment ne pas comprendre que cette attitude finisse par repousser de plus en plus d’électeurs salariés, retraités, vers un Front National qui ne ment pas sur la réalité politique.

Certes, les solutions que ce parti proposent sont insupportables, mais tellement plus accessibles qu’un changement radical de système économique, qu’une remise en cause des puissants de ce monde.

Oui, depuis 30 ans, le Parti Socialiste porte mal son nom et j’ai souffert à chaque élection nationale quand, au dernier moment, ma conscience me poussait à mettre mon bulletin dans l’urne. Et c’est ce que j’ai fait encore en 2012. J’ai passé le soir des élections avec des voisins « de gauche », ils sont quelques uns dans mon village. A l’annonce des résultats, tous ce sont levés, les bras en l’air, criant victoire. Je suis resté assis et leur dit, tel un Grand Sage : « Je crains, pour ma part, que vous soyez en train de border le lit du Front National ».

Une politique de droite suivie par un parti politique de droite fait prendre conscience qu’il faut en changer. Une politique de droite suivie par un parti qualifié « de gauche » provoque le désespoir, l’amertume, l’abstention ou le suicide (politique).

Si je croyais encore les Socialistes sincères, je proposerais cette nouvelle qualification et le nommerais simplement le Parti gauche !

Désormais, ma décision est prise, je serai maintenant suffisamment fort : ma conscience ne m’imposera plus de voter pour le Parti Socialiste quelle que soient les circonstances, dans l’espoir -cependant bien maigre- qu’un parti plus proche de ce que Jean pense soit présent au second tour (pour ceux qui doute ce n’est pas le Front National).

Alors oui, Gérard Filoche a raison et je suis prêt à applaudir. Mais Monsieur Filoche fait de la politique depuis bien longtemps, il est membre du bureau national du Parti. Il n’est donc pas ignorant des discours, des actes et des résultats obtenus par les politiques menées depuis 30 ans. Il ne peut ignorer les mensonges et les renoncements que cela représente. Il ne peut découvrir maintenant seulement le sens des évolutions des salaires, des dividendes, des conditions de travail. Il n’a pu ignorer jusqu’ici la dégradation des droits sociaux, les mesures prises concernant la Sécurité Sociale depuis 1987, il n’a pu jusqu’ici ignorer le pouvoir de l’OMC, de l’Union européenne et des lobbys industriels, alors pourquoi, diantre, est-il passé de partis révolutionnaires à la direction du Parti Socialiste ? Pour combattre de l’intérieur ? Voilà bien sans doute sa naïveté. Etrange, pour un homme qui a pourtant des idées et sans doute du talent.

C’est en tout cas, ce que Jean pense.

Extrait de l’intervention de Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti socialiste, le mardi 15 octobre 2013 :

 

« …et le vote qui a eu lieu ce jour contre les retraites, il faut que je vous le dise avec mes mots. Franchement. C’est un vote de la honte pour notre parti collectivement. On n’a pas été élus pour ça.

 

J’ai essayé de le dire aux députés : « Courage ! Ne faites pas ça ! Ne votez pas ça ! » J’étais sur la place de la Concorde tout à l’heure, quatre syndicats, majoritaires dans notre pays manifestaient. Jean-Claude Mailly a cité Pierre Mauroy qui disait « la retraite à 60 ans, c’est l’histoire, on ne peut pas effacer l’histoire ». Le vote à l’Assemblée ce jour, s’il est confirmé en dernière lecture en décembre, effacera 30 ans d’histoire de notre parti pour la retraite à 60 ans.

 

J’en ai entendu qui se réjouissaient qu’il n’y ait pas trop de mouvement social contre. D’autre osaient refuser… des amendements parce qu’il n’y avait pas assez de manifestants. Mais des millions de gens sont abattus, atterrés, rageurs, c’est gravé, ils ne nous le pardonneront pas pendant de longues années si nous confirmons ce vote en décembre. Il est encore temps, d’éviter ça, de corriger ça.

 

Vous vous rendez compte qu’il s’agit de passer, dans la réalité, la retraite effective à 66 ans, c’est ce qu’a expliqué notre gouvernement dans sa missive à Bruxelles la semaine dernière, elle a été publiée dans Le Monde. 66 ans ! Vous vous rendez compte aussi qu’il s’agit de prélever 2,7 milliards sur les petites retraites ! 2,7 milliards. On a renoncé à taxer l’EBE de 2,5 milliards lundi et mardi on a voté de taxer les pauvres retraites de 2,7 milliards ! La France est riche, les 500 familles (les plus riches.Note de Jean) ont 16 % du Pib, 330 milliards plus que le budget de l’état. La France n’a jamais été aussi riche. 90 % de la « dette » ne provient pas de nos caisses sociales ni de nos retraites. ON a le taux d’ épargne le plus élevé au monde vient de dire Arnaud au passage. Alors où on va, là ? Le minimum vieillesse est préservé, mais au-dessus, ceux qui sont à 50 euros de plus vont les perdre, ceux qui sont à 800, 900 euros vont perdre 3, 4 voire 5 %. C’est une honte. Il y aura la hausse de TVA en plus en janvier. Ne croyez pas que ça ne va pas se voir. Je répète : ça sera gravé, indélébile !

 

Ne me dites pas qu’il faut faire des « colloques » comme samedi dernier pour mobiliser contre le FN après ça ! Si vous voulez battre le FN, plutôt qu’un colloque, augmentez les petites retraites au lieu de les baisser ! Ce qui va arriver ce sont des Brignoles à puissance 10, à puissance 100. Ecoutez, écoutez moi, je ne sais comment vous le dire, mais écoutez avant qu’il ne soit trop tard. J’étais là en 1994 quand les leçons furent tirées de la déroute électorale de 93. J’étais là et je me rappelle après le 21 avril 2002 quand il a été dit « on aurait du réagir avant, tirer le signal d’alarme avant » ? Je le tire ! Maintenant ! Maintenant ! Je vous le dis, on recommence, en pire, car on dirige tout en France aujourd’hui, la France est à gauche et on n’aura plus rien ! C’est irréaliste, on fait le lit de la défaite. Alors qu’il y a tant a faire pour un vrai changement réaliste, possible, à portée de main, dans l’unité de la gauche et en s’appuyant sur le salariat, sur notre électorat.

 

et merci à  Pouria Amirshahi, Jean-Pierre Blazy, Fanélie Carrey-Conte, Nathalie Chabanne, Dominique Chauvel, Pascal Cherki, Jerome Guedj, Razzy Hammadi, Mathieu Hanotin, Jérôme Lambert, Christophe Léonard, Jean-Claude Perez, Michel Pouzol, Barbara Romagnan, Suzanne Tallard, Stéphane Travert, Jacques Valax de ne pas avoir voté cette contre réforme des retraites. »

 

PS : dans mon intervention au BN je n’ai pas eu la possibilité d’expliquer en quoi la prétendue « avancée sociale sur la pénibilité » n’en était pas une à mes yeux : il s’agit d’une usine a gaz, qui n’est prévue qu’en 2015, va exiger plus de 25 décrets, visera, nous dit-on 100 000 salariés (sur 24,5 millions) a partir de 10 critères de « pénibilité » (tous sont physiques, la pénibilité mentale est écartée). Un trimestre a pénibilité (rotule abimée) donnerait un point, un trimestre a double pénibilité (deux rotules abimées) donnerait deux points, il faut 10 points pour regagner un an (sur 43 annuités) … et 30 points… pour revenir à 60 ans, comme avant !!!  ce système par points est aussi un tri individuel entre collègues comme des bestiaux, c’est humiliant, qui remplace mal le principe de négociation par branche et par métier.

 

 

 

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