Au nom de la crise

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Deux fois dans la même journée, c’est beaucoup trop pour moi.

Certains critiquent le journalisme des grandes chaines d’info prétendant que les grands médias sont aux mains du Capital, que les liens avec le pourvoir sont trop forts pour que ces médias puissent être indépendants et objectifs…

Je n’en ai pas la preuve, même si, plusieurs enquêtes sérieuses ont démontrer ces liens, même si on sait à qui appartiennent ces médias, même si j’ai vu le film « Les Nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi.

Je n’en ai pas la preuve, mais cette dernière expérience m’offre quelques indices supplémentaires.

Journal de 20H… le jour de l’ascension.

L’un des titres du journal m’interpelle : Les jours fériés coûteraient-ils trop chers ?

Sans attendre le développement du sujet, ma première réaction est de m’en prendre au présentateur tout en lui accordant des circonstances atténuantes. Il travaille, lui, ce jour-là. Jaloux qu’il est de tous les autres, il se venge en abordant le sujet.

Mais je me souvins soudain que deux jours avant, la question, posée de la même manière, avait également fait l’objet d’un sujet sur une autre chaîne. Je me suis dit que, si ça se trouve, c’est tout simplement orchestré. Ou bien que Serge Halimi a raison, les médias seraient les serviteurs d’une idée dominante, ce qui revient au même.

De manière récurrente, les jours fériés sont mis en question, en général au mois de mai, pour peu qu’aucun d’entre eux ne tombât un samedi ou un dimanche. Mais cette insistance à montrer combien coûteraient les jours fériés à l’économie  m’a quelque peu déboussolé quand de ma mémoire profonde ressurgit le combat du patronat contre le coût du travail.

Salarié, quand tu travailles, tu dois savoir que tu coûtes cher à ton patron.

Salarié, quand tu ne travailles pas, tu dois savoir que tu coûtes cher à l’économie.

Pour peu que le patron et l’économie fassent partie de la même famille, salarié, quoi que tu fasses, tu lui coûtes cher.

Hélas, une nouvelle fois, les journalistes et les experts jouent les toutous sans vraiment aller au fond des choses. Car si les jours fériés coûtent 0,1% du PIB (selon l’INSEE), que dire des congés payés, de tous ces samedis et dimanches et de toutes ces nuits passées à rêvasser ?

Mais, le journaliste n’a pas le temps de développer, le sujet suivant porte sur la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

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Autre journal, le même jour sur une autre chaîne.

Un journaliste interroge Pascal Durand (EELV) :

« Vous soutenez le combat des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Quand on sait combien coûte cette lutte, est-ce bien raisonnable en période de crise ?». Et de nommer notamment le coût de la communication autour de ce conflit et le déplacement des forces de l’ordre, comme si nos CRS n’étaient payés que lorsqu’ils interviennent dans un conflit !

Je coupe, je n’en puis plus.

Les responsables de la crise seraient donc les salariés (trop payés et qui prennent du repos), les contestataires (qui provoquent des défenses inconsidérés), les chômeurs (parce qu’ils sont faignants et trop indemnisés), les retraités (parce qu’ils ont des revenus sans travailler).

Il serait donc désormais honteux, non responsable de ne pas travailler les jours fériés, honteux et non responsable de manifester son désaccord aux projets gouvernementaux.

Tout cela donne l’impression que la crise ne serait finalement qu’un prétexte, voire même un morceau bien orchestré pour accélérer la soumission des populations au service des puissants.

Voilà que l’esclavage me revient à la figure. En relisant le décret de 1848, je reste scotché au 5ème alinéa de l’article premier :

« L’Assemblée Nationale réglera la quotité de l’indemnité qui devra être accordée aux colons. »

Et moi qui croyais que c’était les victimes qu’on indemnisait…

Salarié, homme humble, esclave, quoique tu fasses, tu coûtes cher.  Patron, propriétaire de main d’œuvre, quoique tu fasses, tu remportes la mise. Il serait temps de changer les règles du jeu.

C’est en tout cas ce que Jean pense.

titre cequejeanpense3

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