Le doute au service de la conviction.

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Quand j’entends Bernard Henri-Levy, je me dis qu’on peut être reconnu par les médias comme un philosophe du temps présent  et énoncer des vérités pas forcément idiotes, mais tout aussi contestables.

Ne laissons pas la philosophie (science de la sagesse) aux philosophes. Comme tout autre expert, l’analyste, le penseur déduit ses convictions de ses études, lectures et observations qu’il confronte à l’ensemble de ses expériences et aux valeurs qui l’animent.

Comment croire que BHL n’est pas influencé dans sa façon de penser par son mode de vie, son patrimoine financier et ses activités d’actionnaire dans de grandes sociétés ?

« Je pense, donc je suis » (cogito ergo sum) dit Descartes auquel on peut sans prétention rétorqué « je suis, donc je pense ».

« C’est celui qu’y dit, qu’y est ! » disent les enfants dans la cour de récréation. « C’est pas forcément celui qu’y dit qu’a raison !» rétorque un autre.

Descartes pose la question de la vérité comme une recherche permanente avec comme seule certitude (et encore) que la vérité reconnue doit sans cesse être confrontée à des éléments nouveaux pour être revisitée, confirmée ou remise en cause. C’est la philosophie du doute : Elle permet, appliquée en tout domaine, de ne pas tomber dans l’obscurantisme, dans la vérité indiscutable et donc dans l’erreur la plus sûre. C’est parce qu’il a douté de la certitude officielle d’une terre immobile que Galilée et Copernic avant lui, ont pu affirmé qu’elle tourne autour du soleil.

Les choses évidentes d’un jour peuvent ainsi paraître des aberrations plus tard.

C’est grâce au doute qu’on peut découvrir du cheval dans les plats préparés 100% pur bœuf (qui l’eut cuit ou qui l’eut cru en lisant la liste des ingrédients?), C’est grâce au doute qu’on peut découvrir des produits nocifs et interdits dans des aliments vendus par des marques respectables (ou en tout cas respectées), c’est grâce au doute qu’on peut découvrir, mais c’est beaucoup plus rare, du beurre dans les épinards.

Le doute n’empêche pas la conviction. Descartes allait au fond des choses et disait « Je doute de tout, donc je doute même que je doute !» Ainsi, peut-être avait-il finalement des certitudes inébranlables ?

C’est le propre de la conviction : une idée qu’on pense juste, qu’on cultive, qu’on aimerait faire partager. Mais sans le doute, cette conviction devient un carcan dont les bases s’effondrent dans les méandres de l’histoire pour ne devenir qu’une idée reçue, sans fondement et qui s’éloigne donc de la vérité.

Ainsi, être marxiste aujourd’hui consiste-t-il a relire « LE CAPITAL » comme « LA BIBLE », où tout ce qui y est écrit serait pur vérité ?

Marx a décortiqué le capitalisme, il en a élaboré une analyse qui l’a poussé à proposer des solutions pour en sortir. Mais Karl, aussi respectable qu’il soit, n’a pu prendre en compte que ce qu’il savait à son époque et si les grandes lignes de son analyse ne sont pas démenties par l’histoire qu’il n’a pas connue, les évènements du XXème siècle, les formes de développement du capitalisme, les technologies et les méthodes d’aujourd’hui (informatique, énergie nucléaire, publicité a grande échelle, télévision, pesticides) lui étaient inconnues, il n’a donc pas pu en tenir compte dans son analyse.

Ce que Marx, le philosophe, a apporté, c’est surtout une façon de raisonner, une façon de réfléchir, une façon d’analyser pour tenter de s’approcher plus encore de la vérité.

Bien qu’il n’en soit pas à l’origine, il développe une approche des situations, des évènements avec une relativité qui manquent aux autres grandes philosophies classiques qui donnent à l’esprit une primauté sur le reste ou matérialistes qui s’y opposent.

Marx par sa dialectique développe l’idée que toute chose interagit avec toutes les autres. L’analyse met en avant le mouvement plutôt que l’état et s’en suit une prise en compte de l’histoire en tant qu’élément dynamique agissant sur la situation d’aujourd’hui.

Cette dialectique nous amène à lire, y compris les écrits de Marx, non comme l’Eglise nous invite à lire la Bible, c’est-à-dire un livre immuable où la vérité écrite il y a plus de 2000 ans serait encore vérité aujourd’hui, mais comme une base de réflexion qu’il faut confronter aux évènements et à l’évolution de la société.

Pour moi, Marx est une référence. Ma conviction est profonde : si Marx était de notre époque, il serait anticapitaliste et sans doute écologiste.

C’est en tout cas, ce que Jean pense.

 

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