Lettre à mon ami Maurice

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Les Activités Sociales des agents des Industries Electrique et Gazière font l’objet d’attaques périodiques, voire permanentes de la part de ceux qui n’ont jamais accepté qu’une partie des richesses produites par les salariés de l’Énergie leur reviennent sous une forme originale, le fameux 1% des ventes d’énergie versés au Comité d’entreprise pour gérer ses activités sociales. Ce qui est pire encore, dans un régime dictée par les seules lois d’un capitalisme effréné, c’est  que seuls les représentants des salariés gèrent cette « manne » qui échappe ainsi aux actionnaires. Un exemple à suivre pour tous les salariés de toutes les entreprises.

Les conséquences sont redoutables. Les valeurs qui guident les choix des dépenses ne se cotent pas en bourse. Elles ne peuvent ni être vendues, ni faire l’objet de spéculation financière. Ainsi, depuis leur création, ces activités sociales ont pour ambition « l’émancipation des salariés ». Qu’est-ce à dire ?

Il s’agit, sous des formes variés, de développer l’esprit critique, d’apprendre à connaître pour mieux comprendre et ainsi agir sans se laisser bercer par le discours dominant que ce soit en matière économique, culturelle, technique ou tout autre domaine traitant de l’humanité et de son environnement.

Cette volonté se traduit, notamment et particulièrement dans les contenus des activités proposées aux bénéficiaires actifs et retraités que ce soit sur le plan national, pendant les séjours de vacances par exemple, ou celles proposées par les structures locales.

Je sais, Maurice, tu connais ça par cœur et je ne doute pas un instant de ta détermination à agir dans ce sens.

Mais voilà, tu es pilote d’une activité proposée dans l’Aube, département ou plus de la moitié des salariés bénéficiaires sont issus de la centrale nucléaire de Nogent. Cette activité consiste en une visite guidée des centres industriels de l’Andra, gestionnaire des déchets nucléaires.

Rien ne m’offusque à priori. Pourtant, une réflexion me vient quant à l’objectif de cette visite.

Je connais parfaitement le discours de l’ANDRA, je connais donc parfaitement les mensonges éhontés que cet organisme entretient dans toute sa communication et particulièrement au cour de la visite guidée du centre de Soulaines Dhuys.

Tu pourrais me rétorquer que pour ouvrir à l’esprit critique, il ne faut pas avoir peur d’affronter toutes les parties, il ne faut pas écouter qu’un « son de cloche ». C’est juste.

Mais je connais aussi parfaitement l’état d’esprit des salariés du nucléaire. Et je les comprends. Les mineurs défendent les mines, les laborantins des laboratoires SERVIER défendent le MERCATOR, les salariés de MONSANTO défendent les OGM, les salariés de Peugeot souhaitent que se développe l’automobile, les salariés de Dassault défendent la fabrication d’armes et d’avions de chasse…

C’est que dans la vie professionnelle, pour pouvoir travailler dans le secteur de l’énergie, comme dans beaucoup d’autres secteurs, il vaut mieux être convaincu du bien fondé de l’activité qui nous nourrit.

Jean déduit que cette visite va rassurer ceux qui auront la chance d’y participer. Les déchets que leur activité produit ne sont pas dangereux ou tout du moins, l’ANDRA a la solution pour qu’ils ne le soient plus. Elle va les cacher au fond de la terre dans des containers super efficaces, garantis pour des milliers d’années, que les générations suivantes ne craindront pas.

Il me semble que, pour ces bénéficiaires, s’il eut été intéressant de leur proposer une réflexion sur cette activité qui, pour le moins, pose problème aujourd’hui, c’eût été de leur proposer un discours qui ne soit pas celui qu’ils entendent habituellement. Les activités sociales auraient alors contribué à développer leur esprit critique laissant ensuite à chacun son juge arbitre et déterminer sa propre conviction.

Par ailleurs, l’invitation à cette sortie stipule : « vous aurez peut-être l’occasion d’assister en direct à un déchargement de colis de déchets ». Sans doute un slogan alléchant ayant pour objectif d’attirer les « clients » (pardon, les bénéficiaires). Avec quels yeux regarderont-ils ces déchets ?  Inquiets ? Révoltés ? Fiers peut-être ? A quel moment de la journée y a-t-il de prévu une réflexion sur l’impact environnemental et futur de ces déchets ?

L’émancipation, l’esprit critique ne se développent pas en brossant dans le sens du poil. Le questionnement, la confrontation des idées, la recherche de la vérité permettent d’élever le niveau de conscience de chacun.

Je ne t’en veux pas, Maurice, tu fais ton travail super bien et les gens comme toi sont suffisamment rares pour qu’on te préserve. Je sais aussi que tu as l’esprit suffisamment ouvert et tu prendras sans doute cette lettre comme une simple contribution à la réflexion.

Quand les activités sociales des salariés de l’énergie nucléaire seront capables de proposer à ses bénéficiaires, un débat contradictoire sur les conséquences de l’industrie nucléaire alors on pourra dire qu’elles œuvreront à leur émancipation.

Et même si c’est contestable… c’est pas forcément idiot.

C’est en tout cas, ce que Jean pense.

titre cequejeanpense3

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