La goutte d’eau.

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Depuis que je suis tout petit*, à mon adolescence, en fin de croissance, je me suis construit un monde s’appuyant sur quelques valeurs essentielles. Un Idéal quoi. Vite, très vite, j’ai mesuré l’écart de mon monde avec la réalité.

A la recherche de solutions pour réduire cet écart, je me suis habillé en militant social, en militant syndical, parfois en militant politique. Convaincu que seul, je ne pouvais pas grand chose, je savais que l’action collective était le meilleur moyen de faire bouger les lignes. Traversant des périodes d’optimisme et des moments intenses que seul le partage avec les autres sait nous apporter, le constat de l’avancée toujours gagnante des valeurs qui ne sont pas les miennes m’a fait, avec d’autres, souvent poser la question : comment faire pour être plus nombreux dans le mouvement?

L’histoire nous le prouve, les avancées sociales sont toujours le résultat d’un rapport de force favorable aux populations laborieuses.

Mais tôt ou tard (et c’est souvent tôt), ce rapport de force vacille et bascule, les conquêtes sociales sont grignotées puis digérées par un système politique, économique et social bien loin de mes rêves, pour enfin disparaître complètement.

Voilà maintenant des décennies que le mouvement syndical se donne comme objectif de construire le rapport de force nécessaire sans y parvenir. A bien y regarder, malgré l’optimisme de rigueur dans les organisations, depuis 30 ans, les conquêtes sociales s’effacent au gré des réformes voulues, soutenues par des hommes de plus en plus puissants.

Le système capitaliste s’adapte, écrase, fait peur, casse les solidarités, détourne la compréhension des travailleurs des vrais causes de leur condition, achète tout y compris la conscience des victimes.

Parmi elles, certaines résistent sans parvenir à leur fin et s’épuisent, d’autres ne s’impliquent pas, convaincues qu’elles n’y peuvent rien changer.

Sur le littoral, j’ai rencontré une goutte d’eau qui m’a dit ceci :

« Que je me retire de l’océan ou que je m’y baigne ne change rien à l’immensité de la mer, à la grosseur des vagues, à la force de l’onde. Je préfère donc rester sur la plage et laisser à toutes les autres la tâche de se mettre en mouvement jusqu’au tsunami final qui m’engloutira. »

Une goutte d’eau ressemble beaucoup à une autre goutte d’eau. J’en ai interrogé plusieurs, elles m’ont dit la même chose. Du coup, l’océan est sur la plage et personne ne peut plus ni se baigner, ni se faire bronzer sur le sable.

Rentré à la maison, une autre goutte attira mon attention, elle semblait attendre, mais attendre quoi ?

« Je serai la goutte qui fera déborder le vase », me dit-elle, « j’attends donc que les autres le remplissent ». Une goutte d’eau ressemble beaucoup à une autre goutte d’eau. J’en ai interrogé plusieurs, elles m’ont dit la même chose. Du coup il y a de l’eau partout et le vase reste vide.

On ne peut rien attendre d’une goutte d’eau.

C’est en tout cas ce Jean pense.

 *Dans ce monde si grand et dominé par des forces immenses, on se sent forcément tout petit.

titre cequejeanpense3

3 Commentaires

  1. alain drot

    18 novembre 2012 à 14 h 35 min

    Tu es à la fois poète et politique,
    Actuellement nous sommes une multitude de petits( petits ,petits, petits)comme les poules que l’on appelle pour picorer.C’est vrai que l’on ne peut se passer de la becquée( le salaire)pour vivre.Mais petit à petit ou plutôt petit plus petit ,plus petit etc font une grande puissance qui peut prendre son destin en mains.

    Nous sommes nombreux à partager les mêmes valeurs(celles qui se partagent sont souvent universelles)Alors pourquoi le syndicat,le parti ne sont -ils pas les structures adéquates au rassemblement de personnes qui partagent les mêmes valeurs?
    -Dans une société de classe,l’idéologie est le relais par lequel et l’élément dans lequel,le rapport des hommes à leurs conditions d’existence se règlent au profit de la classe dominante .(Altusser)
    -Les structures des institutions(syndicats,partis etc…)sont dans le système(hiérarchie,prérogatives,pouvoir de quelques uns)et véhiculent finalement,au moins dans leur fonctionnement( si ce n’est plus)la même idéologie.
    Comment sortir de ce cercle vicieux ?Peut être(je me répète)lorsque les individus sortiront de cette idéologie de la classe dominante et ils en sortiront quand leur connaissance du système le leur permettra et feront alors déborder le vase .
    La connaissance c’est la liberté,elle supprime le mauvais choix.
    -Et pour conclure:Dans une société sans classe ,l’idéologie est le relais par lequel,et l’élément dans lequel,le rapport des hommes à leur conditions d’existence se vit au profit de tous les hommes.(Altusser)

    A te lire très bientôt,mais peut être devrais tu diffuser plus largement( pas pour le succès assuré)mais pour le débat et le cheminement vers le rassemblement.

  2. alain drot

    4 décembre 2012 à 17 h 23 min

    Ils voudraient que nous restions « petits petits »,comme la volaille que l’on appelle à picorer.
    Mais voila certains refusent et se mettent en quête de syndicats ou de partis,structures reconnues d’utilité citoyenne.Mais hélas ces structures sont tellement reconnues,qu’elles s’inscrivent dans le système avec cynisme et profit.
    De quoi démobiliser quelques gouttes d’eau.
    Et puis l’idéologie dominante est partout relayée ,assénée jusqu’à avoir le gout de la vérité.Produire, produire, acheter, acheter, c’est le seul horizon possible.
    De quoi démobiliser quelques gouttes d’eau.
    Alors peut être faudrait -il un autre horizon?.Jamais les gouttes d’eau ne rempliront le vase si elles ne sont elles même remplies de connaissances nécessaire au débordement.
    « Le mot d’ordre d’humanisme n’a pas de valeur théorique,mais une valeur d’indice pratique:il faut en venir aux problèmes concrets eux mêmes c’est à dire à leur connaissance pour produire la transformation
    historique dont Marx a pensé la nécessité »(L .Athusser)
    Peut être devrais -tu diffuser plus largement,pour que le débat entraine à l’action?

    A te lire amitiés
    .

  3. Claude Huin

    22 décembre 2012 à 9 h 08 min

    Peut-être ne faut-il pas se méfier de l’eau qui dort, et espérer( cela fait un peu vocabulaire catho!)
    Un peu pessimiste alain!
    Avec l’âge le goutte à goutte se rapproche!

    Il y a des aspirations qui dorment
    Edgar Morin

    http://youtu.be/-mWoLpFJETY

    On entend même les ronflements des anciens antimondialistes(pardon altermondialistes)!
    salutations
    claude