La France, une République laïque ?

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Que les chrétiens béatifient l’un des leurs ne m’offusque pas.

Connaissant l’activité du Père Brisson au XIXème siècle envers les jeunes ouvrières des bonneteries, j’aurais même pu m’associer aux chrétiens pour lui rendre hommage. Il a tenté d’aider celles qui devenaient les premières victimes d’une industrialisation capitaliste et dévastatrice.

Mécréant, athée convaincu, je n’ai pas fait l’effort d’assister à une cérémonie religieuse. Encore qu’il m’arrive bien de faire le pas, parfois, pour accompagner un ami dans son dernier voyage ou lui témoigner mon encouragement lors de son mariage. Mais ne représentant que moi-même, aucune interprétation, aucune signification qui puissent concerner quiconque, autre que moi, ne sauraient intelligemment en être tirées. Seul, face à ma conscience, je trouve toujours quelque indulgence à m’octroyer. Il m’est cependant arrivé de ne pas supporter l’ensemble des messages envoyés par le prêtre. Respectueux du droit de chacun à penser ce qu’il pense, respectueux des lieux où pourtant s’ébruitent tant de vérités contestables, j’hésite à prendre la parole pour objecter, questionner et donc remettre en cause ce qui s’y dit, j’y renonce et je sors.

Le Père Brisson a donc été béatifié, devenu ainsi « bienheureux » par un décret papal. Ainsi, les catholiques reconnaissent en lui un homme méritant d’être bien heureux pour l’éternité -merci pour les autres- et lui attribuent officiellement au moins un miracle ! Il aurait, en effet, guéri un jeune, blessé au pied, d’une manière inexpliquée par la science.

Les députés aubois, le Président du Conseil Général de l’Aube, le Préfet et le Ministre de l’intérieur et des cultes ont assisté à cette cérémonie.

Que signifie donc ce déferlement de représentants de la République ?

Chacun d’eux a obtenu son titre par une élection ou une nomination républicaine. La République est donc bien présente dans cette cathédrale où l’on chante la gloire de Dieu donnant ainsi à la béatification et aux miracles une valeur républicaine.

La liberté de pratiquer des rites religieux ne peut être qu’une liberté individuelle et privée.

La laïcité impose que la République ne pratique aucune religion.

Le fait d’en pratiquer éventuellement plusieurs ne rend pas plus lisible le concept de laïcité : une indépendance totale de l’État et des religions respectueuses de la République.

La République participe au financement de la construction de lieux de cultes, notre Ministre de l’intérieur inaugure des mosquées et participe à la cérémonie religieuse de béatification du Père Brisson. A quand la lecture de la bible, du coran, du talmud etc…dans les écoles au prétexte de « neutralité laïque » ?

Si la République devait pratiquer toutes les religions pour être laïque, alors la pratique de la République deviendrait religieuse ! Valls confond Ministre chargé des cultes et ministre du culte.

En tout cas, c’est ce que Jean pense.

Jean.

Paru dans "Une semaine dans l'Aube", journal de la Préfecture de l'Aube.

Article paru dans « La semaine auboise », journal de la Préfecture.

titre cequejeanpense3

Un commentaire

  1. alain drot

    9 octobre 2012 à 16 h 30 min

    Bien sûr la religion devrait rester dans le domaine privé,mais c’est impossible elle est tradition et culture ,culture, qui ne demande qu’à changer mais seulement voilà…Quelques extraits de Marx:

    Vos idées elles même sont des créations des rapports de production et de propriété bourgeois,de même que votre droit n’est que la volonté de votre classe érigée en loi,volonté dont le contenu est donné dans les conditions matérielles de votre classe.

    Les lois morales, la religion sont pour lui( le prolétariat )autant de préjugés bourgeois,derrière lesquels se cachent autant d’intérêts bourgeois.

    Le fondement de la critique de la religion est: l’homme fait la religion.la religion ne fait pas l’homme…Mais l’homme n’est pas un être abstrait ,extérieur au monde.L’homme c’est le monde de l’homme,l’État,la société .Cet état,cette société produisent la religion.

    Reste t il un espoir? Extraits de Marx:

    Il est clair que tout grand bouleversement historique des conditions sociales amène aussi le bouleversement des idées,des représentations des hommes,de leurs représentations religieuses par conséquent.

    La forme du processus social de la vie,c’est à dire du procès de production matérielle,ne dépouille son voile mystique que lorsqu’elle apparait comme le produit d’hommes librement associés,sous leur contrôle conscient et conformément à un plan.

    Et pour conclure encore Marx:

    Dans la religion ,l’homme est dominé par une création de son cerveau;dans la production capitaliste,par l’œuvre de ses propres mains.

    Il faut donc que tu continues à préparer le bouleversement des conditions sociales.

    A te lire et te relire,Amitiés.